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ConnaĂźtre son parc avant de le construire : Inventaire et CMDB

⏱ 10 min de lecture 📚 dĂ©butant

Dans le monde professionnel, on ne dĂ©ploie jamais une infrastructure sans savoir prĂ©cisĂ©ment ce qu’on possĂšde. Chaque serveur, chaque Ă©quipement rĂ©seau, chaque service est rĂ©fĂ©rencĂ©, documentĂ©, et reliĂ© aux autres composants du systĂšme d’information. C’est ce qu’on appelle une CMDB, Configuration Management Database, un concept central du rĂ©fĂ©rentiel ITIL, la bible des bonnes pratiques de gestion des services IT.

Avant de me lancer dans mon projet, j’ai jouĂ© un peu avec quelques services et leurs fonctionnalitĂ©s par curiositĂ© dans un esprit “homelab”. Maintenant avec PandaCyberLab, je veux introduire plus de rigueur et me rapprocher des pratiques professionnelles. Pour cela, je dois savoir exactement ce que je possĂšde, quel rĂŽle chaque Ă©quipement va jouer, et comment tout cela va s’articuler.

Cet inventaire va me servir de base sur laquelle je vais pouvoir construire la suite du projet : définir des VLANs pour isoler certains équipements et garder une source de vérité fiable à mesure que mon infrastructure va grandir.

Sommaire

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Qu’est-ce qu’une CMDB ?

Une CMDB (Configuration Management Database) est une base de donnĂ©es qui centralise les informations sur tous les composants d’un systĂšme informatique, ce qu’on appelle des CI, Configuration Items. Un CI correspond Ă  tout Ă©lĂ©ment identifiable et gĂ©rable contribuant au fonctionnement d’un environnement informatique, tel que le matĂ©riel, le logiciel, les rĂ©seaux, la documentation ou mĂȘme les personnes et les services eux-mĂȘmes. Dans le rĂ©fĂ©rentiel ITIL, qui dĂ©finit les bonnes pratiques de gestion des services IT, la CMDB est au cƓur du processus de gestion des configurations.

Ce qui distingue une vraie CMDB d’un simple inventaire, c’est la notion de relations. Un inventaire rĂ©pond Ă  la question “Qu’est-ce que je possĂšde ?”. Une CMDB va plus loin et rĂ©pond Ă  “Comment tout cela s’articule ensemble ?” Quel service tourne sur quel serveur, quel Ă©quipement dĂ©pend de quel autre, quel VLAN hĂ©berge quels Ă©quipements. Cette diffĂ©rence est ce qui permet, dans le monde professionnel, de comprendre l’impact d’une panne ou d’un changement avant mĂȘme qu’il ne se produise.

Une CMDB rĂ©fĂ©rence gĂ©nĂ©ralement trois types d’informations pour chaque CI :

Pour mon projet, je n’ai pas besoin de la sophistication d’une CMDB d’entreprise. Mais le principe reste le mĂȘme Ă  mon Ă©chelle : savoir prĂ©cisĂ©ment ce que je possĂšde, quel est le rĂŽle de chaque Ă©quipement, et comment tout cela s’articule, pour pouvoir prendre des dĂ©cisions Ă©clairĂ©es au fur et Ă  mesure que l’infrastructure se dĂ©veloppe.

L’outil retenu

Pour construire ma CMDB, mon choix s’est portĂ© sur NetBox. NĂ© en 2016 au sein de l’équipe d’ingĂ©nierie de DigitalOcean, c’est aujourd’hui la rĂ©fĂ©rence open source pour modĂ©liser et documenter une infrastructure rĂ©seau. Il est utilisĂ© aussi bien par des hĂ©bergeurs que par des passionnĂ©s de homelab. Le projet est activement maintenu, avec une communautĂ© large et un rythme de correctifs soutenu, un critĂšre important pour moi : pas question de bĂątir ma documentation sur un outil Ă  l’abandon. J’ai aussi Ă©tudiĂ© Ralph, une alternative open source plus orientĂ©e gestion d’actifs et de datacenter, suivi du cycle de vie du matĂ©riel, gestion de licences, intĂ©gration avec un service desk. Un outil sĂ©rieux, mais moins focalisĂ© sur le rĂ©seau, et dont la communautĂ© semble aujourd’hui moins active. Pour mon usage, documenter mon rĂ©seau et prĂ©parer mes VLANs, NetBox correspond davantage Ă  mes besoins.

ConcrĂštement, NetBox va devenir la source de vĂ©ritĂ© de mon infrastructure. C’est ici que je vais centraliser :

Au-delĂ  de la documentation, NetBox a un autre intĂ©rĂȘt qui prend tout son sens avec l’approche DevOps du projet : il expose une API complĂšte. À terme, cette API pourra alimenter directement mon IaC, par exemple, gĂ©nĂ©rer automatiquement un inventaire Ansible Ă  partir des Ă©quipements dĂ©clarĂ©s dans NetBox, plutĂŽt que de le maintenir Ă  la main. NetBox ne sera donc pas qu’un outil de documentation passive, mais une vraie brique active de l’infrastructure.

Pour l’instant, je n’ai pas encore d’infrastructure stable pour l’hĂ©berger, son installation viendra quand mon socle Proxmox sera plus avancĂ©. En attendant, je vais commencer mon inventaire sous une forme plus simple, que je migrerai vers NetBox dĂšs qu’il sera disponible.

MĂ©thodologie de l’inventaire

Avant de remplir un tableau, j’ai besoin de dĂ©finir une mĂ©thode pour Ă©viter de me retrouver avec un inventaire incohĂ©rent, difficile Ă  maintenir, ou simplement incomplet.

Deux niveaux d’inventaire

Tous les Ă©quipements de mon infrastructure n’ont pas le mĂȘme rĂŽle, et je n’ai pas besoin de les traiter avec la mĂȘme prĂ©cision. J’ai donc choisi de distinguer deux niveaux :

Niveau 1 : Équipements rĂ©seau (avec adresse IP) : serveurs, NAS, Ă©quipements rĂ©seau, appareils IoT connectĂ©s, PCs et mobiles de la famille. Ce sont les Ă©quipements qui constituent le cƓur de ma CMDB, c’est sur cette base que je vais construire mon plan d’adressage et mes VLANs.

Niveau 2 : Inventaire Ă©tendu (sans IP propre) : onduleur, cĂąblage physique, capteurs domotiques. Ils n’ont pas d’adresse IP mais ont un impact rĂ©el sur l’infrastructure. Un onduleur protĂšge mes serveurs, un capteur de tempĂ©rature m’alerte avant une surchauffe.

Cette distinction Ă©vite de noyer l’inventaire rĂ©seau sous des Ă©lĂ©ments qui n’ont pas leur place dans un plan d’adressage, tout en gardant une trace de tout ce qui compte pour le projet.

Les champs retenus

Pour rester exploitable, chaque équipement du Niveau 1 est documenté avec les champs suivants :

ChampExemple
NomPC Personnel
TypeLaptop, Mini PC 

Caractéristiques techniquesCPU, RAM, stockage
RÎle prévuAdministration, Stockage, 

EnvironnementHomelab / Production
VLAN cibleÀ dĂ©finir dans un prochain article
ÉtatÀ installer / Actif / RetirĂ©
Date d’acquisitionAnnĂ©e

Ce sont volontairement des champs simples. L’objectif n’est pas de reproduire la complexitĂ© d’une CMDB d’entreprise, mais de poser une base claire et suffisante pour prendre de bonnes dĂ©cisions par la suite.

Confidentialité

Un point important dans mes futures publications : certaines informations n’ont pas leur place dans un article public. Je ne mentionnerai donc ni les adresses IP, ni les adresses MAC, ni les numĂ©ros de sĂ©rie de mes Ă©quipements. Je partagerai uniquement ce qui est utile Ă  la comprĂ©hension du projet, sans donner d’indices exploitables sur mon identitĂ© ou ma localisation.

L’inventaire actuel

Pour ce premier inventaire, je fais le choix de me concentrer sur les Ă©quipements qui vont concrĂštement intervenir dans mes prochains articles. Je ne vais pas tout lister dĂšs maintenant si ça n’a pas encore d’utilitĂ© pour mon projet.

NomTypeCaractĂ©ristiques techniquesRĂŽle prĂ©vuEnvironnementVLAN cibleÉtatDate d’acquisition
Box opérateurBox Internet4 ports Ethernet RJ45 1 Gbit/s
1 port LAN Multi-Gigabit 2.5Gbit/s
Routeur, puis ModemHomelab et ProductionNAActif2023
PC persoLaptopDual boot Linux / Windows 11
AMD Ryzen 7 3700U
4 cƓurs / 8 threads
1,4 – 2,3 GHz
RAM : 8 Go
Administration et ClientClientÀ dĂ©finir plus tardActif2020
Smartphone persoiOSApple A16 Bionic
RAM : 6 Go
ClientClientÀ dĂ©finir plus tardActifNov 2023
ThinkCentre M920qTiny PCIntel Core i7-8700T
6 cƓurs / 12 threads
2,40 GHz
RAM : 16 Go
Labo d’apprentissage
NƓud Proxmox
HomelabÀ dĂ©finir plus tardÀ installerMai 2026
Ugreen DXP4800+NASIntel(R) Pentium(R) Gold 8505
5 cƓurs / 6 threads
RAM : 40 Go (8 + 32)
SSD : 2 To
HDD : 12 To RAID1
StockageProductionÀ dĂ©finir plus tardActifNov 2025
ESP32MicrocontrĂŽleurESP32-WROOM-32 (ELEGOO)
Dual-core Xtensa LX6, jusqu’à 240 MHz
520 Ko SRAM
DomotiqueHomelab et ProductionÀ dĂ©finir plus tardÀ installerAvril 2026

Les PC et tĂ©lĂ©phones du reste de la famille ne figurent volontairement pas dans cet inventaire, ils ne sont pas encore concernĂ©s par le projet Ă  ce stade. MĂȘme chose pour les consoles de jeux, qui nĂ©cessitent aujourd’hui le protocole UPnP pour jouer en ligne : leur intĂ©gration mĂ©rite une rĂ©flexion dĂ©diĂ©e, que j’aborderai plus tard dans un article spĂ©cifique.

Cet inventaire n’a donc rien de dĂ©finitif. Il va s’enrichir au fil des articles, Ă  mesure que de nouveaux Ă©quipements rejoindront l’infrastructure.

Faire vivre la CMDB dans le temps

Un inventaire figĂ© n’a aucun intĂ©rĂȘt. Une CMDB qui n’est plus Ă  jour quelques mois aprĂšs sa crĂ©ation devient pire qu’inutile car elle devient trompeuse, les dĂ©cisions sont prises sur une base fausse. La vraie question n’est donc pas “comment crĂ©er une CMDB”, mais “comment la garder vivante”.

Phase 1 : Mise Ă  jour manuelle

Tant que mon infrastructure reste de taille modeste, la mise Ă  jour manuelle de NetBox reste tout Ă  fait raisonnable. Chaque ajout, chaque changement de rĂŽle, chaque mise hors service d’un Ă©quipement sera consignĂ© au fil de l’eau, Ă  mesure que le projet avance. Cela va m’obliger Ă  rester rigoureux dĂšs le dĂ©part plutĂŽt que de remettre la discipline Ă  plus tard.

Phase 2 : Vers une CMDB comme source de vérité active

À terme, l’objectif est que NetBox ne soit plus seulement un registre que je remplis Ă  la main, mais qu’il devienne la source de vĂ©ritĂ© de mon infrastructure, au sens oĂč c’est lui qui dĂ©crit l’état dĂ©sirĂ©, et oĂč le reste de l’infrastructure s’aligne dessus, pas l’inverse.

Cela va se traduire par plusieurs intégrations possibles avec ma future couche Déploiement & Automatisation :

Cette bascule du mode manuel vers le mode automatisĂ© ne se fera pas du jour au lendemain. Elle suivra naturellement la maturitĂ© de mon infrastructure et de mes pipelines CI/CD. Mais c’est cette direction qui donne tout son sens Ă  la CMDB : il ne s’agit pas d’un document de plus Ă  maintenir, mais une brique active qui pilote concrĂštement l’infrastructure.

De l’inventaire vers les VLANs

Maintenant que mon inventaire prend forme, une question se pose naturellement : comment organiser tous ces Ă©quipements sur le rĂ©seau ? La rĂ©ponse passe par la segmentation en VLANs, un sujet suffisamment dense pour mĂ©riter son propre article, mais que je souhaite introduire dĂšs maintenant, car c’est l’inventaire qui va directement nourrir cette rĂ©flexion.

Pourquoi segmenter plutÎt que tout laisser sur un seul réseau ?

Sur un rĂ©seau domestique classique, tous les appareils se voient et peuvent communiquer entre eux sans restriction : la box opĂ©rateur, le NAS, le PC portable, le smartphone, et demain les services exposĂ©s sur Internet, tout cohabite sur le mĂȘme rĂ©seau plat. C’est simple, mais c’est aussi le pire scĂ©nario en termes de sĂ©curitĂ© : si un seul Ă©quipement est compromis, rien ne l’empĂȘche d’accĂ©der Ă  tout le reste.

Un VLAN (Virtual Local Area Network) permet de crĂ©er des rĂ©seaux isolĂ©s les uns des autres, mĂȘme s’ils partagent la mĂȘme infrastructure physique (mĂȘmes cĂąbles, mĂȘme switch). C’est la brique fondamentale qui va me permettre d’appliquer concrĂštement l’approche Zero Trust dĂ©finie dans mon article prĂ©cĂ©dent : chaque zone du rĂ©seau n’a accĂšs qu’à ce dont elle a strictement besoin, et rien de plus.

Ce que j’apprends de mon inventaire

En listant les Ă©quipements de mon inventaire, plusieurs catĂ©gories naturelles se dessinent et c’est prĂ©cisĂ©ment sur cette base que je vais construire mes VLANs :

Une premiÚre ébauche, à affiner

Voici une premiĂšre proposition de dĂ©coupage, qui sera dĂ©taillĂ©e et probablement ajustĂ©e dans l’article dĂ©diĂ© au plan rĂ©seau :

VLAN (provisoire)Usage
ManagementAdministration de l’infrastructure
HomelabExpérimentation, tests
ProductionServices hébergés en production
ClientsPC, smartphones de la maison
IoT / DomotiqueESP32, capteurs, objets connectés
Zone OpĂ©rateurÉquipements liĂ©s au FAI (consoles, dĂ©codeur)

Ce dĂ©coupage n’est pas figĂ©, il Ă©voluera trĂšs certainement Ă  mesure que j’avancerai sur le plan d’adressage IP, les rĂšgles de pare-feu entre VLANs, et les contraintes concrĂštes de mes Ă©quipements (comme le cas de l’UPnP Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment). Mais l’essentiel est lĂ  : mon inventaire qui a permis de faire Ă©merger cette premiĂšre structure, plutĂŽt que de partir d’un schĂ©ma thĂ©orique dĂ©connectĂ© de ma rĂ©alitĂ©.

Conclusion

Cet inventaire, aussi simple soit-il en apparence, a dĂ©jĂ  changĂ© ma façon de voir le projet. Lister mes Ă©quipements un par un, noter leurs caractĂ©ristiques, leur rĂŽle prĂ©vu. C’est un exercice qui m’a forcĂ© Ă  clarifier ce qui restait flou dans ma tĂȘte. Et la premiĂšre leçon est lĂ  : mon parc actuel, mĂȘme modeste, dessine dĂ©jĂ  naturellement les contours de mon futur rĂ©seau, Ă  travers les catĂ©gories qui s’en dĂ©gagent : gestion, homelab, production, clients, IoT, zone opĂ©rateur.

NetBox prendra le relais dĂšs que mon infrastructure sera prĂȘte Ă  l’accueillir, et cet inventaire deviendra alors une vraie source de vĂ©ritĂ©, vivante et connectĂ©e au reste de mes outils.

Pour la suite, place Ă  la pratique ! Les prochains articles vont prĂ©senter concrĂštement le matĂ©riel qui constitue mon parc : la box, mon NAS, mon ThinkCentre, avant de m’arrĂȘter sur un exercice qui me tient particuliĂšrement Ă  cƓur : regarder mon infrastructure actuelle avec les yeux d’un attaquant, et faire l’état des lieux de mon exposition sur Internet. Une Ă©tape indispensable avant d’aller plus loin dans la construction de mon rĂ©seau et de ses VLANs. À trĂšs vite. đŸŒ


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